Une marginalisation

Mais, partout où le tatouage s’est manifesté il a contribué à marginaliser ses adeptes d’une certaine façon. Il servait à distinguer les classes sociales, à marquer le passage d’un état à un autre, à identifier les esclaves ou encore les criminels…

En occident, dès le 8ème siècle, les marques corporelles d’inspirations païennes sont bannis par le clergé, qui durant cette époque, diriger la société, car pour eux « on ne modifie pas le corps que Dieu nous a donné ». Dès lors, il associe le tatouage aux peuples dit « non-civilisés ».

tatouage-fleur-de-lis050En France, jusqu’à la fin de l’Ancien Régime (et même encore sous l’Empire), la marque sur le corps est la sanction d’un crime. Le Code noir, préparé par Colbert et publié après sa mort à la fin du XVIIe siècle, prescrit le marquage des esclaves fugitifs d’une fleur de lys en signe de propriété de leur maître. Les tatouages de servitude, les inscriptions punitives, les marques d’infamie sont autant d’injonctions à se soumettre à la loi d’un corps devenu objet, d’un être déchu de ses droits, littéralement exclu de la société. Cette stigmatisation oeuvre au repérage des individus considérés comme dangereux, malsains, dont il convient de se méfier. Le tatoué étant ainsi associé au marginal aux mœurs plus que suspectes, à l’opposant à l’ordre religieux, politique ou social, à l’esclave, au délinquant, au criminel. La traite des Noirs espagnole, portugaise, néerlandaise, anglaise et française use des inscriptions infamantes. Les maîtres marquent leurs esclaves de leurs propres initiales afin d’en assurer l’identification en cas d’évasion. Ainsi, le tatouage a longtemps marqué d’un sceau infâme, déshonorant la chair des sujets « déviants » considérés comme douteux, immoraux, « sauvages » ou violents.

En dépit de cet usage imposé par le dogme, de nombreux individus ont délibérément choisi cette marque tégumentaire dissidente. Symbole de reconnaissance et d’affiliation à un groupe antisocial, le tatouage opère comme un signe de marginalisation volontaire qui « répète une volonté de se détacher du reste de la société »

Toutefois, le statut profondément négatif du tatouage en fait parallèlement une pratique transgressive qui, dans certains contextes, se révèle particulièrement opérante. En effet, se tatouer est un acte fort (à la fois physique et symbolique) : en faisant effraction, déchirure dans la surface lisse du corps, le tatouage s’énonce comme une provocation manifeste, un cri offensif ou une stratégie défensive. Le signe-stigmate devient une arme encrée qui permet au sujet d’affirmer épidermiquement une opposition, de matérialiser une résistance, de s’inventer une peau-armure.

Prisons, bagnes, camps de concentration sont des lieux où les corps sont 240px-Auschwitz_survivor_displays_tattoo_detailsoumis, torturés, désoeuvrés, déshonorés, déshumanisés, détruits. Dans ces situations où l’homme devient bétail, objet ou cadavre, agir sur son corps permet de reprendre un certain contrôle, de se réapproprier sa dignité d’homme tout en faisant front à l’oppression.

Paralysés par l’enfermement, soumis à un déni d’identité, privés de tout contact sensoriel, subissant violences physiques, psychiques et humiliations, les prisonniers, les déportés font de leurs peaux un médium de communication, d’expressivité, une façon de dire l’impossible à dire. La peau prend la parole quand l’individu ne peut s’exprimer autrement.

Par le tatouage, l’individu transforme sa faiblesse, sa servitude, son supplice en expressionnisme offensif et à stratégie existentielle. Le tatouage exprime alors la haine de la police, de la justice, d’une hiérarchie, d’un régime politique ou de la société toute entière tout en révélant une reprise en main de sa propre existence. Par exemple, un point sur la première phalange de chaque doigt signifiera : « J’emmerde la justice jusqu’au bout des doigts » hbjk; trois points en triangle : « Mort aux vaches », sans compter les phrases tatouées affichées sans aucune ambiguïté : « Ma haine aux gradés », « J’emmerde la justice », « Ni Dieu ni maître », « Vaincu mais non dompté », « Sans pitié » ; ou encore le simple mais néanmoins efficace « Merde » que se gravaient dans la paume de la main droite, en général. Le sujet devient son propre tortionnaire, son propre bourreau : il affirme pour un dernier instant son identité et sa révolte viscérale en faisant lui-même le choix de sa torture ou de sa mort. Cet usage du tatouage fait du corps un lieu où s’effondrent toute autorité, toute emprise, tout pouvoir. Le corps se transforme alors en instrument politique.

Le tatouage est considéré vieux comme la monde et a eu autant de symbolique que de formes : cartes d’identité, rites de passage, remède thérapeutiques ou encore symboles religieux. Par exemple, les indigènes tahitiens se tatouaient afin de s’accorder les grâces, la protection et les faveurs de leurs dieux.

Par la suite, le tatouage n’a jamais vraiment était accepté avant la fin du XXeme siècle en occident. Au contraire, il accentuait l’image de marginalité, et certains groupes sociaux y ont vu une façon de pouvoir affirmer leur retrait vis-à-vis de la société, comme « les bikers » (groupes de motards) , « les mods »(groupes prônant la vie festive « way of life ») ou encore « les rockers »(groupes marquant leur appartenance à la culture Rock’N’roll). En revanche, le tatouage se développe particulièrement au Japon. D’abord utiliser pour marquer les criminels, le tatouage devient une forme d’art à part entière.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s